1) INTRODUCTION  

François Doyon La Rochelle :  

Bienvenue à Sujet Capital, un balado mensuel à propos de la gestion passive de portefeuille et de la planification financière et fiscale pour les investisseurs à long terme. 

Vos hôtes pour ce balado sont James Parkyn et moi-même François Doyon La Rochelle, tous deux gestionnaires de portefeuilles avec PWL Capital. 

Au programme aujourd’hui pour l’épisode #68 : 

Nous passerons en revue le rapport américain, Mind the Gap 2024, de Morningstar, qui fait état de l’impact du market timing sur les rendements obtenus par les investisseurs. 

Bonne écoute ! 

 2) PREUVE QUE VOTRE COMPORTEMENT D’INVESTISSEUR A UN IMPACT NÉGATIF SUR VOS PERFORMANCES 

Francois Doyon La Rochelle :   

Pour notre sujet d'aujourd'hui, on va examiner les résultats du dernier rapport Mind the Gap de Morningstar. Ce rapport analyse la différence entre les rendements déclarés par les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse américains et les rendements réellement obtenus par les investisseurs. Le dernier rapport, publié le 15 août, couvre la période de 10 ans se terminant le 31 décembre 2023. 

James Parkyn :  

François, je pense que nos auditeurs vont trouver ce sujet très pertinent. On y a fait allusion à la fin de notre podcast n° 63. Dans ce podcast, on avait abordé la différence de performance entre les fonds gérés activement et leurs homologues passifs respectifs. On a aussi discuté la croissance spectaculaire de la part de marché des fonds passifs. 

Francois Doyon La Rochelle :   

C'est exact, à l'époque j'avais mentionné que je pensais que c’était encourageant de voir la croissance de la part de marché de la gestion passive et de voir la surperformance continue des fonds passifs par rapport aux fonds actifs. Cependant, j'avais conclu en disant que les investisseurs devaient faire bon usage de ces outils et investir de manière disciplinée en gardant un œil sur le long terme. Cette mise en garde s'explique par le fait que le comportement de l'investisseur a un impact significatif sur la performance, qu'ils utilisent des fonds actifs ou passifs. 

James Parkyn :  

Tout à fait François, le comportement de l'investisseur a un impact significatif sur la performance car les émotions sont souvent à l'origine des décisions d'investissement. Ça se résume souvent à la peur et à l’appât du gain.  Lorsque les marchés sont à la hausse, les investisseurs veulent acheter davantage. Lorsque les marchés sont en baisse, les investisseurs veulent vendre car ils craignent de perdre de l'argent, ce qui, dans les cas extrêmes, peut conduire à des ventes de panique. Nos auditeurs trouveront peut-être intéressant de savoir que Carl Richards, planificateur financier américain et chroniqueur au New York Times, a inventé le terme « Behavioral Gap » (ou écart comportemental en français) dans un livre sur les finances personnelles qu'il a écrit sous le même nom. Le terme « Behavioral Gap » inventé par M. Richards fait référence à la différence entre les rendements réels obtenus par les investisseurs et les rendements moyens des véhicules d’investissements. 

Francois Doyon La Rochelle :   

Oui, et c'est précisément cette différence que le rapport Mind the Gap de Morningstar tente de quantifier. En effet, contrairement aux rendements calculés pour les fonds eux-mêmes, les rendements calculés pour les investisseurs prennent en compte les entrées et les sorties de fonds. Si les investisseurs ajoutent de la valeur par leurs décisions d'achat et de vente, l'« écart » sera positif et si, au contraire, leurs décisions soustraient de la valeur, l'« écart » sera négatif. 

James Parkyn :  

François, ceci dit, c’est quoi les résultats du rapport Morningstar 2024 ? 

Francois Doyon La Rochelle :   

James, le rapport souligne une fois de plus, que les rendements effectivement obtenus par les investisseurs sont bien inférieurs aux rendements générés par les fonds eux-mêmes. Pour la période de dix ans se terminant le 31 décembre 2023, Morningstar a estimé que le dollar moyen investi dans les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse américains, c'est-à-dire les rendements obtenus par les investisseurs, était de 6,3 %, tandis que les fonds eux-mêmes gagnaient environ 7,3 % par an. Cette différence, arrondie à 1,1 % par Morningstar, signifie que les investisseurs ont perdu environ 15 % par année des rendements générés par les fonds au cours de la décennie. 

James Parkyn :  

Cette petite différence de 1,1 % par an sur plusieurs décennies d'investissement aura un impact énorme sur le total des actifs au moment de la retraite. Il est vraiment important pour les investisseurs de comprendre l'effet qu'une si petite différence peut avoir sur leur portefeuille au fil du temps.  

Corrige-moi si je me trompe François, mais l'écart constaté pour la décennie se terminant en décembre 2023 est similaire à ce qui a été rapporté dans les rapports des années précédentes. 

Francois Doyon La Rochelle :   

Tu as raison James, et si on examine l'écart sur une base annuelle, le rendement moyen de l'investisseur a été inférieur au rendement total moyen des fonds au cours de chacune des dix années civiles de la dernière décennie. L'écart de rendement annuel le plus faible a été de -0,7 % en 2017 et l'écart de rendement le plus élevé a été de -2,0 % en 2020. Selon Morningstar, le mauvais résultat de 2020 est dû au mauvais timing des investisseurs qui ont ajouté des actifs au début de l'année avant que les marchés chutent. Pour ensuite retirer ces fonds pendant l’effondrement des marchés, juste avant qu’ils connaissent une forte reprise dans les mois qui ont suivi. C’est une preuve concrète du mauvais comportement des investisseurs, qui a un impact sur leurs rendements. 

James Parkyn :  

François, je ne suis pas surpris par les résultats de l'année pandémique 2020. Cette année-là, ce fût un grand défi de convaincre les clients de respecter leurs plans d'investissement à long terme. La crise de la COVID a été une grande inconnue, pour nous tous, mais c’est la même réalité à chaque crise. Comme on l’a déjà dit dans ce podcast, il est très difficile de faire du market timing et c'est un excellent moyen de dilapider son capital. Ce qui est important, c'est le temps passé dans le marché et non le timing du marché. François, est-ce qu’il y a d'autres conclusions que t’aimerais souligner dans le rapport ? 

Francois Doyon La Rochelle :   

Eh bien James, si on regarde les différentes catégories de fonds, il y en a 8, les rendements des investisseurs ont été inférieurs aux rendements totaux des fonds eux-mêmes dans les 8 catégories sur la période de 10 ans. La catégorie de fonds qui a eu l'écart le plus faible est celle des fonds d'allocation d’actifs, avec un écart négatif de seulement 0,4 % par an. Le rendement des investisseurs a été de 5,9 % et celui des fonds d'allocation d’actifs de 6,3 %. La catégorie de fonds avec l'écart le plus important est celle des fonds d'actions sectoriels, avec un rendement de 7,0 % pour les investisseurs et de 9,6 % pour les fonds, soit un écart négatif de 2,6 % par an. 

James Parkyn :  

François, je ne suis pas surpris par l'écart important des fonds sectoriels. Je pense que cette catégorie de fonds est plus souvent utilisée par des investisseurs actifs qui veulent augmenter leur exposition à un secteur particulier pour son potentiel de croissance. Ils sont également utilisés par des investisseurs qui souhaitent positionner leur portefeuille différemment en fonction des cycles économiques. Encore une fois, c’est pour moi des décisions de market timing. 

Francois Doyon La Rochelle :   

James, le rapport ne l'explique pas comme ça, mais si on interprète ce qu'il dit, tu as raison. Le rapport indique que l'écart négatif important pour les fonds d'actions sectoriels est dû au fait que les flux de fonds sont environ deux fois plus volatils que pour les fonds d'allocation d’actifs, ce qui veut dire qu’il est plus probable que les investisseurs entrent et sortent de ces fonds. L'autre raison est que les rendements de cette catégorie de fonds sont 50 % plus volatils. Le rapport indique, et je cite, « plus les rendements d'un fonds sont volatils par rapport à ceux de ses pairs, plus l'écart de rendement pour l'investisseur a tendance à être important, en moyenne. Par exemple, le dollar moyen investi dans le quintile le plus volatil des fonds d'actions sectoriels était plus bas de plus de 7 points de pourcentage par an par rapport au rendement des fonds eux-même ». 

James Parkyn :  

Wow, c'est un écart énorme ! François, j'imagine que l'inverse est vrai pour les fonds d'allocation d'actifs qui se rééquilibrent automatiquement sans l'intervention des investisseurs. 

Francois Doyon La Rochelle :   

C’est exact James, on peut aussi dire que l'écart est plus faible pour cette catégorie de fonds parce que les flux de fonds sont plus stables et parce que les rendements sont moins volatils. 

James Parkyn :  

Ça me semble tout à fait logique, François. Lorsqu’on investit dans des fonds d'allocation d'actifs, les rendements sont généralement plus stables en raison de la diversification. Par exemple, ces fonds d'allocation d'actifs détiendront probablement des obligations qui joueront le rôle de stabilisateurs. La volatilité va donc être réduite, ce qui augmentera la probabilité que l’investisseur va maintenir le cap durant les marchés difficiles. 

Francois Doyon La Rochelle :   

C'est exact, encore une fois, moins le fonds est volatil, mieux l'investisseur est positionné pour profiter de son rendement. 

James Parkyn :  

François, est-ce qu’il y a autre chose dans ce rapport que tu aimerais souligner pour nos auditeurs ? 

Francois Doyon La Rochelle :   

Oui James, il y a encore deux ou trois choses. Tout d'abord, j'aimerais faire un commentaire sur l'écart négatif qui existe dans les catégories des obligations municipales et des obligations imposables. Je suis surpris que le rapport n'en parle pas. Bien que leurs écarts négatifs sont faibles à 1,3 % et 1,0 % respectivement, je pense que ces écarts sont élevés par rapport à la performance des fonds dans ces classes d'actifs. Étant donné que la catégorie des obligations municipales a enregistré un rendement de 2,8 % et celle des obligations imposables a obtenu un rendement de 2,2 %, les écarts négatifs enregistrés par les investisseurs signifient qu'ils ont laissé environ 46 % des rendements des obligations sur la table au cours des 10 dernières années. 

James Parkyn :  

C'est un très bon point que tu soulèves, François. C'est surprenant et contre-intuitif parce qu’on suppose que les rendements des obligations sont normalement moins volatils. En même temps, je pense qu’on peut attribuer cet écart important aux rendements négatifs, ajoutés à la forte volatilité observée sur le marché obligataire historiquement élevés en 2022. Ceci bien entendu, s’explique par la flambée de l'inflation et de l'augmentation subséquente des taux des banques centrales. 

Francois Doyon La Rochelle :   

Peut-être, l'autre chose que j'aimerais souligner est la faible performance de la catégorie des fonds alternatifs qui comprend les fonds de couverture ou hedge funds en anglais, et je pense que tu vas aimer ça, James. Je cite le rapport : « Les fonds alternatifs ont obtenu la distinction douteuse d'être la seule catégorie de fonds où le dollar moyen a perdu de l'argent au cours de la décennie, puisqu'il a affiché un rendement annuel négatif de 0,4 % pour les investisseurs ». Le rapport poursuit en disant, et je cite : « C'est quelque peu ironique étant donné que l'argument de vente de certains fonds alternatifs est basé sur leur capacité à préserver le capital ». 

James Parkyn :  

Wow, ça fait vraiment mal à leurs arguments de vente. Une performance négative sur une décennie pendant que les actions américaines ont rapporté plus de 10 %, vous devez honnêtement remettre en question les mérites de ces fonds pour les investisseurs individuels. Surtout si on tient compte du fait qu'aucune autre catégorie de fonds n'a eu de performances négatives sur cette période. Selon moi, l'explication la plus probable est que les frais exorbitants de ces fonds alternatifs expliquent leurs faibles performances.  

Nos auditeurs réguliers se souviendront que, dans le podcast n° 64, j'ai cité Jason Zweig du Wall Street Journal et je répète la citation : « Si Buffett avait facturé des frais de fonds spéculatifs conventionnels, ses investisseurs n'auraient gagné qu'environ 10 % de la richesse dont ils ont bénéficié ».  Des frais élevés réduisent les rendements, mais des frais outrageusement élevés les détruisent.  

Est-ce qu’il y a autre chose à souligner, François ? 

Francois Doyon La Rochelle :   

Oui, mon dernier point, et ça nous ramène à notre introduction lorsque j'ai dit que les investisseurs devaient faire bon usage des outils passifs à leur disposition et investir de manière disciplinée. Le rapport souligne que les rendements globaux des investisseurs dans les fonds passifs ont été plus élevés que dans les fonds actifs et que l'écart de rendement négatif a été plus faible pour les fonds passifs. 

James Parkyn :  

C'est donc une bonne nouvelle pour les investisseurs passifs, mais tous les investisseurs n'utilisent pas les FNBs de manière passive. 

Francois Doyon La Rochelle :   

Exactement James. Le rapport souligne que lorsque les investisseurs vont au-delà des catégories d'actions américaines et internationales pour se tourner vers d'autres catégories de fonds telles que les actions sectorielles, les actions non traditionnelles, l'écart négatif des investisseurs se creuse rapidement et est pire que les écarts négatifs constatés pour les investisseurs qui utilisent des fonds actifs. Le rapport indique, et je cite : « Ceci suggère que les investisseurs pourraient renoncer à l'avantage de coût dont ils bénéficient dans ces fonds à cause de leur obsession à transiger activement ». 

James Parkyn :  

François, on a souvent dit à nos auditeurs que l'une de nos convictions fondamentales est que le trading actif réduit les chances de créer de la valeur. Le rapport 2024 de Morningstar soutient cette thèse. Les résultats de l'écart comportemental pour les actions sectorielles et les actions non traditionnelles sont convaincants. On en a parlé souvent dans le passé. Les FNBs sont des outils formidables, mais ils doivent être utilisés de la bonne façon. 

Francois Doyon La Rochelle :   

En plus, James, même en investissant passivement, il est très difficile de capter les rendements de plusieurs catégories d'actifs, car on se laisse prendre par les dernières nouvelles ou les dernières tendances. Nos émotions prennent le dessus, et on réagit en transigeant. Les FNBs passifs sont d'excellents outils peu coûteux pour capter les rendements du marché, mais ils sont aussi des épées à double tranchant car ils peuvent être négociés facilement lorsque les marchés sont ouverts. Pour appuyer cette affirmation, certains investisseurs pourraient être mieux servis en utilisant des fonds communs de placement indiciels plutôt que des FNBs indiciels, car l'écart de rendement négatif pour les FNBs indiciels était beaucoup plus important, à 1,1 % contre -0,2 % pour les fonds communs de placement indiciels. 

James Parkyn :  

Cette statistique me semble très convaincante surtout par rapport au comportement des investisseurs. Je pense qu'il est juste de dire que pour réduire l'écart négatif, les investisseurs devraient détenir un petit nombre de fonds largement diversifiés dans différentes catégories d'actifs. Ils devraient privilégier la simplicité et éviter les fonds trop spécialisés, tels que les fonds sectoriels et thématiques. Enfin, ils doivent gérer leur comportement et la meilleure façon de le faire est d'avoir un plan d'investissement qui va nous guider pour garder le cap dans les marchés difficiles. 

Francois Doyon La Rochelle :   

Je suis tout à fait d'accord avec toi James et comme l'a dit Bill Berstein, neurologue, théoricien de la finance et auteur, et je cite : « Dans la mesure où vous réussissez dans la finance, vous réussissez dans la finance dans la mesure où vous pouvez supprimer votre système limbique, votre système un, qui est le système émotionnel qui évolue très rapidement qu’on a tous. Si vous ne pouvez pas le supprimer, vous allez probablement mourir pauvre... » 

James Parkyn :  

C'est une excellente citation François, je pense qu'elle résume bien le message qu’on veut que nos auditeurs retiennent aujourd’hui.        

3) CONCLUSION

François Doyon La Rochelle : 

Merci James Parkyn d’avoir partagé ton expertise et ton savoir aujourd’hui. 

James Parkyn :  

Avec plaisir. François. 

François Doyon La Rochelle :  

Hé bien c’est tout pour ce 68ième épisode de Sujet Capital!  Nous espérons que vous avez aimé. 

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A bientôt.